•  


    Laaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !


    Tut tut, tut tut tut tut, tut tut tut tut.


     


    « Greffe de Monsieur Bip...


    - Bonjour Madame, cleo.x avocat. J'ai été désignée pour assister Monsieur Machin. Or je constate qu'il est DPAC (détenu pour autre cause). Pourriez-vous me préparer un permis de communiquer, que je viendrai chercher prochainement, SVP ?


    - ah oui, mais non !


    - non ? Ben pourka ?


    - parce que vous me dites qu'il est DPAC.


    - voui.


    - donc ce n'est pas Monsieur Bip qui l'a placé en détention, mais un autre juge d'instruction.


    - certes, mais cependant, si je puis me permettre, ce n'est de toutes façons pas le juge d'instruction qui place en détention. Peu importe d'ailleurs puisque présentement, je ne m'intéresse pas à l'origine de la détention, mais au moyen de rendre visite à mon client. Je ne demande donc à Monsieur Bip qu'un petit permis de communiquer. Pour le reste, je laisse celui de mes confrères chargé de la défense de mon client dans l'affaire pour laquelle il a été placé en détention présenter tous arguments utiles de nature à faire cesser cette atteinte intolérable à la présomption d'innocence et à la liberté d'aller et venir. Donc.


    - je comprends bien. Mais c'est dans un autre dossier qu'il est détenu. Adressez-vous au juge compétent.


    - ah aaaaaah... comme je suis de bonne humeur, je vais suivre votre conseil. Auriez-vous l'amabilité de m'indiquer qui est le juge compétent ?


    - m'enfin, je ne peux pas : et le secret de l'instruction ?


    - Bien. Ça se complique. Madame le Greffier, je suis avocat, allons... vous pouvez me faire confiance...


    - j'hésite.


    - miaou... ron ron ron...


    - c'est Madame Tuuuut.


    - Merci. Je suis votre éternelle abonnée. »


     


    Laaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !


    Tut tut, tut tut tut tut, tut tut tut tut.


     


    « Greffe de Madame Tuuuut...


    - Bonjour Madame, cleo.x avocat. J'ai été désignée pour assister Monsieur Machin dans une autre affaire que celle dévolue à votre cabinet. Or je constate qu'il est DPAC par vos bons soins. Pourriez-vous me préparer un permis de communiquer, que je viendrai chercher prochainement, SVP ?


    - ah oui, mais non !


    - non ? Ben pourka ?


    - parce que vous me dites qu'il est DPAC.


    - voui.


    - donc vous n'avez rien à voir avec la détention.


    - certes. Mais en même temps, j'ai rarement à voir avec la détention, voyez-vous... je suis avocat, pas JLD...


    - oui mais Madame Tuuuut ne vous connaît pas dans le dossier de Monsieur Machin. Elle ne peut donc rien vous délivrer.


    - arf. A vrai dire, je m'en doutais. Vous comprendrez cependant que cette réponse ne me satisfasse nullement et que je vous demande derechef de bien vouloir reconsidérer la question.


    - non.


    - bon. Et comment je fais moi maintenant ?!


    - voyez avec le Procureur.


    - le Procureur ? Mais qu'allait-il faire dans cette galère ?


    - c'est lui qui vous donnera le permis de communiquer...


    - Grmblblbm, y a pu de défense libre... bien, merci. A bientôt. »


     


    Laaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !


    Tut tut, tut tut tut tut, tut tut tut tut.


     


    «  Le Parquet...


    - Bonjour Madame, cleo.x avocat. J'ai été désignée pour assister Monsieur Machin. Or je constate qu'il est DPAC. Pourriez-vous me préparer un permis de communiquer, que je viendrai chercher prochainement, SVP ?


    - je vous arrête tout de suite, vous n'êtes pas au bon service.


    - ah ?


    - adressez-vous à l'audiencement.


    - l'audiencement ? Pour un permis de communiquer ? Laissez-moi vous expliquer et vous verrez que...


    - l'audiencement. Bling ! Tut tut tut... »


     


    Arf.


     


    Laaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !


    Tut tut, tut tut tut tut, tut tut tut tut.


     


    «  Audiencement, j'écoute !


    - Bonjour Madame, cleo.x avocat. J'ai été désignée pour assister Monsieur Machin. Or je constate qu'il est DPAC. Pourriez-vous me préparer un permis de communiquer, que je viendrai chercher prochainement, SVP ?


    - c'est pour quelle date ?


    - hein ? Beuh. je pensais à un permis de communiquer normal quoi, sans date précise, qui me permettrait de rendre visite à mon client sans être obligé de toujours demander la permission, parce que la défense est libre quand même, et que...


    - nan, la date de l'audience...


    - quelle audience ? C'est une instruction...


    - pas de date ?


    - ben non.


    - pas de date : voyez le bureau d'ordre. Schlack ! »


     


    Groumpf.


     


    Laaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !


    Tut tut, tut tut tut tut, tut tut tut tut.


     


    « Bureau d'ordre, j'écoute !


    - Bonjour Madame, cleo.x avocat. J'ai été désignée pour assister Monsieur Machin. Or je constate qu'il est DPAC. Pourriez-vous me préparer un permis de communiquer, que je viendrai chercher prochainement, SVP ?


    - numéro du dossier ?


    - XXXXXXXXXXX


    - ah mais il est toujours à l'instruction chez Monsieur Bip !


    - ben voui, puisque c'est l'affaire pour laquelle je l'assiste...


    - alors c'est Monsieur Bip qui délivre le permis.


    - mais il ne veut pas : il me dit qu'il ne délivre pas quand c'est un DPAC.


    - DPAC ? Fallait le dire plus tôt...


    - Si je ne m'abuse, je l'ai dit.


    - non.


    - si.


    -non.


    - si.


    - non.


    - si (soupir).


    - non.


    - bon d'accord, on règlera ça plus tard... Alors, mon permis ?


    - Numéro du dossier dans lequel il a été placé en détention ?


    - fatigant... Je ne sais pas : je ne suis pas désignée dans cette affaire...


    - pourquoi voulez-vous un permis alors ?


    - pour décorer mon bureau, parce que franchement, si tu crois que j'ai envie de me taper des kilomètres et des kilomètres pour aller causer à un détenu dans un placard de 2 m², de son dossier pourri et déjà perdu vu qu'il a un casier long comme le bras et qu'il est parallèlement mis en examen pour la même affaire, mais je sais que ça ne l'empêchera pas de me dire que c'est pas lui M'dame, et d'ailleurs « avant c'était pas pareil, maintenant c'est différent et si j'vous l'dis c'est que c'est vrai », tu te trompes ! Donne-moi ce p***** de permis qu'on en finisse ! Parce que je suis désignée dans une autre affaire le concernant : il est DPAC !


    - ah oui. Date de l'audience ?


    - pas d'audience. Instruction. Gnnn...


    - nom du juge ?


    - Madame Tuuuut.


    - ah ! Je vois que le dossier est toujours à l'instruction.


    - ah ben on progresse. Je le savais avant de vous appeler je vous signale...


    - ah bon ? Fallait le dire alors, parce que je vous aurais dit que ce n'est pas ici...


    - quoi ?


    - je ne donne les permis que quand le dossier n'est plus à l'instruction mais pas encore à l'audiencement.


    - ah...


    - or, vous vous êtes toujours en instruction.


    - et ?


    - et c'est le juge d'instruction qui vous donne le permis.


    - comme d'hab' quoi...


    - hein ?


    - non, rien. Mais lequel ?


    - peu importe.


    - bwouf ?! Merci. Ciao ! »


     


    Laaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !


    Tut tut, tut tut tut tut, tut tut tut tut.


     


    « Greffe de Madame Tuuuut...


    - Re-bonjour Madame, toujours cleo.x avocat. Comme vous le savez, j'ai été désignée pour assister Monsieur Machin dans une autre affaire que celle dévolue à votre cabinet. Pourriez-vous me préparer un permis de communiquer, que je viendrai chercher prochainement, SVP ?


    - je vous ai déjà dit que non.


    - je m'en doutais... Vous connaissez les Douze Travaux d'Astérix ?


    - non. Pourquoi ?


    - Pour rien. Bye. »


     


    Laaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !


    Tut tut, tut tut tut tut, tut tut tut tut.


    ...


    « Greffe de Monsieur Bip...


    - c'est cleo.x, pour Machin. Le permis est prêt ?


    -mais vous savez bien que non...


    - rhaaaaaaaaaa ! Bon ok ! »


     


    ***


     


    Dring, dring...


    « - Ron zzzzzzzzz humpf voui ?


    - Greffe de Monsieur Bip pour vous.


    - hein ?! Je prends...


    - Maître cleo.x ?


    - euh... oui ?


    - qu'est-ce qui se passe ?


    - ...


    - Monsieur Bip reçoit une demande de permis de visite d'une amie de Monsieur Machin.


    - et ?


    - et elle a le même nom que vous.


    - comme c'est étrange...


    - vous savez, si vous voulez un permis de communiquer, on peut vous en faire un... pas la peine de vous faire passer pour la famille... »


     


    10 commentaires
  • Etre avocat, c'est un peu comme être prêtre : écouter, conseiller, comprendre et faire pardonner.

    D'ailleurs, la robe vient de celle de l'ecclésiastique.

    Arf.

    C'est sûr.

    Personnellement, je passe beaucoup de temps à confesser.

    Et je pèse ce dernier mot : il évoque bien mon plus grand souhait professionnel.

    Mon frère et moi n'avons pas été élevés à la gifle.

    Nos parents, qui avaient lu, dans le désordre, Camus, Rousseau, Montaigne, Dolto, Beauvoir, Marx, Gotlib, Freud, Manara, j'en passe et des meilleurs, considéraient que les châtiments corporels étaient un aveu d'impuissance, et que le dialogue et la réflexion devaient toujours primer.

    Méthode de soixante-huitard, dont tous les pédopsychiatres sont revenus : à force de s'entendre dire « je ne t'interdis rien mais si tu réfléchis tu sauras quelle est la bonne solution et je sais que tu feras ce que tu dois faire », une génération entière de gamins se retrouve complètement velléitaires, à toujours hésiter entre ce qu'ils pressentent que leurs parents auraient attendu d'eux, et ce qu'ils aimeraient faire.

    Même après 30 ans.

    Bref, psychothérapie et psychanalyse depuis 1992 pour votre serviteur.

    Et encore, je vais bien.

    Tout ça pour dire que petits, mon frère et moi n'avons jamais goûté à la giroflée à 5 pétales.

    Sauf une fois pour mon frère.

    Je dois avouer que la raison était quand même énorme.

    Victime de la méthode d'éducation qui était testée sur lui, mon petit frère, alors qu'il n'avait pas 5 ans, avait décidé que le meilleur moyen de comprendre comment une automobile fonctionne n'était pas de demander, à quoi on aurait inévitablement répondu par moult croquis et lois de la physique, agrémentés de quelques livres bien trop ardus pour lui et d'une ou deux visites chez Renault et au musée de l'automobile de Mulhouse, mais de tester.

    Pris d'un délire empirique, il avait décidé, un dimanche, de s'installer au volant de la grosse berline paternelle (ben oui, on a beau être trostko-maoïste, on n'en reste pas moins homme...) et de faire comme les grands.

    Ceinture mise, le voilà donc à desserrer le frein à main et commencer de conduire.

    Pas le même bruit que quand c'est Papa ou Maman, mais un mouvement similaire...

    Car ladite voiture était garée au sommet d'une voie privée en pente, assez importante pour imprimer bientôt au véhicule une vitesse acceptable pour un gamin qui veut conduire, voie non clôturé à son extrémité débouchant sur le domaine public, celui-ci consistant en l'espèce en une grosse route assez fréquentée.

    Je me souviens encore très bien de l'émoi de la famille et des invités lorsque nous avons vu la voiture par la fenêtre glisser le long de la route, sans conducteur apparemment, traverser à bonne vitesse mais sans encombre la voie publique et finir sa course accélérante dans un ravin.

    Enfin, un fossé.

    Mais plus haut que la longueur de la voiture.

    Car la route était bordée d'un côté par les limites de notre propriété (ça fait riche...) et de l'autre par ledit ravin.

    Mon père, en un trait de temps, avait eu le temps de compter ses enfants (un, deux, non, pas deux), de s'apercevoir qu'il en manquait un et de courir après la voiture, sans pour autant réussir à la rattraper avant la chute.

    Ma mère lui hurlait qu'il aurait dû verrouiller l'engin et qu'elle le tuerait s'il devait arriver quelque chose à son fils.

    Je courais derrière eux en quête d'information sur l'état de mon frère : allais-je enfin avoir la paix ?

    Ma mère m'arrêta dans ma course, voulant sans doute m'épargne le terrible spectacle de mon frère baignant dans son sang, et, me donnant pour la première fois un ordre, m'intima de rentrer à la maison et de ne pas bouger.

    Je m'exécutai.

    Lorsque mon père revint vers nous, mon frère, en parfaite santé et hilare, dans ses bras, ma mère changea de couleur et transforma bien vite sa peur en colère à l'égard de la chair de sa chair qui avait failli la faire mourir de peur.

    Elle hurla.

    Mon père s'y mit aussi.

    Par contamination, j'hurlai aussi.

    Puis pleurai.

    Mon frère sanglota à son tour.

    Puis mon père, et enfin ma mère.

    Pas de sang, mais beaucoup de cris, de larmes et de tôle froissée.

    Mes parents, impériaux, avaient réussi à ne pas en venir aux mains, alors qu'ils auraient voulu tuer mon frère d'avoir failli se tuer.

    Pas de gifle.

    Une fois tout le monde calmé, ma mère interrogea son fils : elle voulait savoir comment il avait réussi à mettre la voiture dans le fossé.

    «C'est pas d'ma faute : j'l'ai pas fait exprès » marmonna-t-il.

    Bam !

    Une méga-baffe s'abattit sur lui.

    Depuis lors, mon frère et moi avons toujours soigneusement évité de prononcer à nouveau la phrase maudite : « j'l'ai pas fait exprès ».

    Parce que s'il y a bien une chose que mes parents ne peuvent tolérer, ce n'est pas qu'on puisse broyer la voiture, ni manquer de se tuer, ni faire une autre connerie, dangereuse ou pas, c'est qu'on minimise sa responsabilité et qu'on utilise des expressions toutes faites sans s'interroger sur leur sens.

    Dire qu'on ne l'a pas fait exprès au sujet d'une action volontaire est un non-sens hypocrite destiné à s'attirer la pitié de l'interlocuteur pour ne pas répondre de son fait.

    Et ça, c'est impardonnable.

    Bref, tout ça pour vous dire que depuis quelques jours, je n'entends que ça, « j'l'ai pas fait exprès », et que j'ai envie de baffer tous ceux qui le disent.

    Mais comme j'ai déjà été très longue, je vous parlerai de la joie d'avoir une clientèle pénale un autre jour.

    Parce que présentement, j'ai rendez-vous avec un client qui n'a pas fait exprès de détruire la voiture de son ex concubine, à grands coups de masse.

    En voilà un qui téléphonera la prochaine fois, au lieu de venir me voir.

    Bientôt la paix...

     

     

     


    23 commentaires
  • Groumpf.

    Mais pourquoi y a-t-il des juridictions hors de Paris?

    Je sais : pour me faire lever à l'aube.

    Rhaaaa : 3 heures de train pour 10 minutes de plaidoirie, c'est vraiment trop bête!

    Bonne journée aux sédentaires.

    Compassion envers les autres.


    9 commentaires
  • Plus que deux jours sans manger ni dormir, et j'aurai fini mon travail urgent.

    A jeudi donc.

    Amusez-vous bien.


    8 commentaires
  • Depuis ce matin, cette phrase que j'ai reçue par mail parmi d'autres me flotte dans la tête : "je t'admire pour le métier que tu fais"...

    Allons bon, v'là aut'chose.

    Toute la journée, je me suis demandé ce qu'il pouvait y avoir d'admirable dans ce serment.

    Et je suis arrivée à la conclusion décevante et suivante : rien.

    Parce que si on est un tant soit peu attaché aux droits de l'homme, on ne peut que trouver normal que chacun ait droit à une défense.

    Et si on n'est pas attaché aux droits de l'homme, et qu'on considère qu'il y a de parfaits salauds qui ne méritent pas la pitié des hommes et des lois, on doit souhaiter derechef que chacun ait droit à une défense : de cette manière, le jugement semble valable et est inattaquable.

    Rien d'admirable donc à défendre.

    Rien que de très normal.

    Snif.




    PS : un célèbre tortionnaire nazi s'est glissé dans ce post. Saurez-vous le retrouver?


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